Project finance : tout ce qu’il faut savoir !

Le project finance (ou « Financement de projet » en français) est une énième activité que nous pouvons retrouver dans le monde de la finance. Certainement moins médiatisée que le M&A et le Private Equity, le projet finance reste un secteur qui attire de nombreux jeunes financiers chaque année.

En effet, le projet finance a de quoi intéresser les étudiants de finance fraichement diplômés : missions intéressantes, rémunérations très compétitives et globalement un meilleur équilibre vie pro – vie privée. Néanmoins, cette matière reste encore assez floue dans la tête des étudiants et n’est pas forcément enseigné dans les cursus BAC +4 / BAC +5 à moins de prendre un cours spécialisé dans ce domaine lorsqu’il est proposé.   

C’est la raison pour laquelle la rédaction The Big Win a jugé utile de rédiger un article exhaustif sur le project finance. Dans cet article, nous regrouperons tout ce qu’il est important de savoir sur le project finance : définition, importance, exemples concrets, le métier d’analyste project finance, où exercer ce métier ou encore les salaires en project finance.

En deux mots, cet article sera parfait pour celles et ceux qui découvrent pour la première fois la notion de project finance. C’est ici que vous obtiendrez toutes les connaissances élémentaires qu’il est important de maitriser et qui sont propres à cette branche singulière du monde de la finance.

Illustration project finance

Définition d’un projet

Dans « project finance », nous retrouvons « finance » mais également « project ». Avant d’aborder le financement de quelconque projet, il est primordial de bien connaitre ses bases et savoir ce qu’est un projet d’un point de vue financier.

En finance, la notion de projet fait écho à la construction ou à l’acquisition d’un actif d’un actif dont l’exploitation va produire des flux de trésorerie pour le compte de l’entreprise qui le possède. Afin de vous donner une vision limpide de la définition d’un projet, nous proposons plusieurs exemples concrets de projets ci-dessous :

  • Une centrale solaire photovoltaïque ;
  • Une autoroute ;
  • Un hôpital ;
  • Une ligne ferroviaire ;
  • Une infrastructure de télécommunications ;
  • Etc…

Comme vous pouvez le pressentir, les montants pour construire et / ou acquérir tous ces types d’infrastructures sont pharamineux. C’est d’ailleurs là où réside toute l’importance du project finance. Et pour cause, lorsqu’il est question de construire ces infrastructures, les entreprises ont recours à des financements bancaires avec pour ambition de bénéficier d’un important effet de levier.

Project finance : explications

Le project finance se résume à financer la construction d’un actif de type infrastructure en ayant recours à un ou plusieurs financements bancaires ainsi que par le biais de fonds propres. Afin que le project finance se réalise convenablement, les revenus produits par l’actif doivent être suffisants pour rembourser la dette empruntée.

Le montant de dette d’un projet peut supporter ; c’est-à-dire le montant de dette que l’entreprise peut demander à la banque pour réaliser son projet ; est bien souvent déterminé en tenant compte de la capacité de ce dernier à générer des revenus une fois en opération. En effet, il ne faut pas oublier que le but premier d’une banque est de récupérer l’argent qu’elle prête. En d’autres termes, la certitude de produire des revenus est une composante très importante à prendre en compte lors d’une demande de financement bancaire.

En résumé, plus les revenus de l’actif sont prévisibles et plus la banque sera incitée à prêter une somme élevée. A l’inverse, si le degré de certitude des revenus est trop faible, il est tout à fait possible que le projet ne soit pas capable d’emprunter le montant de dette nécessaire à sa construction.

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Project finance vs. Corporate finance

Dans ce chapitre, nous prenons le temps de bien faire la différence entre le project finance et le corporate finance : deux notions proches mais qui, par nature, s’opposent.

Project finance

Dans un project finance, l’entreprise porteuse du projet (autrement appelée le sponsor) créé une société projet (surnommée « SPV » pour « Special Purpose Vehicle » en anglais) qui aura comme rôle de détenir les actifs du projet. De fait, le sponsor n’intègre pas le projet dans ses états financiers.

Ce qui rend le project finance particulier est que la banque n’est, dans une grande majorité des cas, en mesure de se retourner vers le sponsor dans le cas où le projet ne produirait pas suffisamment de revenus pour honorer son service de la dette. Nous parlons ici de financement « sans recours ». Dans de rares occasions, la banque peut être amenée à saisir l’actif dont il est question.

Corporate finance

Le corporate finance est diamétralement opposé au project finance car le sponsor intègre l’actif dans ses états financiers et, par conséquent, ne créé pas de société projet.

Dans cette configuration, la banque peut juridiquement se retourner contre le sponsor si jamais le projet n’est pas apte à rembourser son service de la dette. Nous parlons ici de financement « avec recours ».

Dans ce type de schéma, la banque a juridiquement le droit de se retourner contre l’entreprise porteuse du projet dans l’éventualité où le projet ne sera pas capable de rembourser la dette contractée. Par opposition au financement sans recours, nous parlerons ici de financement « avec recours ».

Différents exemples de project finance

Le project finance est présent dans de nombreux secteurs contribuant à l’activité économique d’un ou plusieurs pays. En effet, certains secteurs imposent l’utilisation d’actifs spécifiques dont la construction repose en majorité sur la faisabilité du financement bancaire. Vous trouverez, ci-dessous, une liste non exhaustive de ces différents secteurs :

  • Les énergies renouvelables : dans cette rubrique, nous pouvons citer les parcs solaires et éoliens.
  • Les matières énergétiques : nous faisons ici référence aux centrales thermiques ou encore aux plateformes pétrolières.
  • L’environnement : les projets de traitement des eaux et des déchets sont des exemples de projet entrant dans la catégorie environnement.
  • Le transport : ici, nous pouvons citer les tunnels, les autoroutes ou encore les ponts.

Deux exemples concrets de project finance

Dans cette partie, nous illustrons la définition du project finance en abordant deux exemples concrets : le Tribunal de Grande Instance de Paris et le viaduc de Millau.

Le Tribunal de Grande Instance de Paris 

Pour celles et ceux qui habitent Paris, la construction de ce gratte-ciel vous a certainement marqué. Pour les autres, nous insérons une photo sous ce paragraphe afin que vous ayez une image du sujet traité. Derrière cet impressionnant bâtiment se cache en réalité un project finance digne de ce nom, tant par sa difficulté que par le montant qu’il a suscité. En effet, entre 2005 et 2008, un bras de fer a eu lieu pour décider de l’emplacement de cet édifice entre le gouvernement qui souhaitait le voir sur le site de « Tolbiac » et la ville de Paris qui souhaitait le construire dans le quartier « Masséna-Rives de Seine ». A noter par ailleurs que les deux sites se trouvent dans le même arrondissement… C’est seulement en 2012 que le président Nicolas Sarkozy tranchera sur la question et décidera de construire le Tribunal de Grande Instance sur le site des Batignolles. Ce project finance devra faire face à quelques contraintes politiques et judiciaires qui retardera la date de livraison de ce bâtiment et qui grignotera la rentabilité espérée par Arélia, le sponsor du projet. Le Tribunal de Grande Instance de Paris sera inauguré le 16 avril 2018 pour un coût total de construction de 2,7 milliards d’euros. Le partenariat entre l’état et le sponsor durera 27 ans.

Illustration du TGI de Paris : un exemple de project finance

Le viaduc de Millau 

Comment ne pas parler du viaduc de Millau lorsque nous parlons de project finance ? Le viaduc de Millau est une infrastructure impressionnante, bâtie sur sept pylônes et qui permet à l’autoroute A75 de traverser la vallée du Tarn sur une distance de quatre kilomètres. La grande particularité de ce project finance, au-delà de la prouesse technique, est que le sponsor (Compagnie Eiffage du Viaduc de Millau – détenue à 51% par le groupe Eiffage et à 49% par la Caisse des Dépôts et Consignations) s’est vu accorder un contrat de 78 ans pour construire, financer et exploiter cet actif. La durée de ce contrat n’est pas anodine et l’investissement total est d’environ 400 millions d’euros. En clair, un project finance XXL. 3 années auront été nécessaire pour finaliser la construction de cet actif qui entra en opération fin 2004.   

Viaduc de millau : un exemple de project finance

Project finance : la distinction entre la DSP et le PPP

Nous l’avons brièvement évoqué jusqu’à présent mais nous tenons à la confirmer dans ce chapitre : le projet finance est avant tout un partenariat. Généralement, il existe deux formes de partenariats possibles : la Délégation de Service Public (également abrégée en « DSP » ou surnommée « Concession ») et le Partenariat Public-Privé (autrement appelé le « PPP »).

  • La Délégation de Service Public : la concession est un contrat de partenariat selon lequel un acteur public confère, à un porteur de projet, la conception, le financement, la construction, la maintenance ET l’exploitation d’une infrastructure contribuant au service public. Dans ce schéma, l’entreprise privée possède l’actif durant son exploitation ce qui lui permet de bénéficier des recettes produites par ce dernier. C’est notamment le cas du Viaduc de Millau où l’entreprise Compagnie Eiffage du Viaduc de Millau pourra se rémunérer pendant une durée de 78 ans grâce aux péages payés par les automobilistes.
  • Le Partenariat Public-Privé : le PPP, quant à lui, est un contrat de partenariat selon lequel un acteur public confère, au porteur de projet, la conception, le financement, la construction et la maintenance d’une infrastructure contribuant au service public. Ici, la principale différence avec la DSP est le fait que l’exploitation reste dans les mains de l’acteur public. Dans ce schéma, le sponsor ne se rémunère pas grâce à l’exploitation de l’actif mais grâce aux loyers que lui versera l’acteur public. C’est notamment le cas de l’entreprise Arélia dans le cadre du project finance du Tribunal de Grande Instance de Paris.
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Le métier d’analyste project finance

Ce passage de l’article va intéresser celles et ceux qui souhaiteraient s’orienter en project finance. En effet, nous tâchons de décrire ci-dessous le métier d’analyste project finance et en quoi il consiste réellement. Le quotidien d’un analyste project finance est animé par les missions suivantes :

Modélisation financière 

L’analyste project finance est responsable de la modélisation financière du projet auquel il est assigné. Concrètement, son rôle sera d’intégrer toutes les hypothèses du projet (exemples : hypothèses de financement, de CAPEX, d’OPEX, etc…) dans un modèle financier sur Excel dans le but de calculer les principaux indicateurs de rentabilité de ce dernier, c’est-à-dire principalement TRI et NPV. De manière générale, l’analyste project finance utilisera un modèle financier prédéfini (autrement surnommé « template ») en vigueur dans son équipe. Toutefois, il devra en mesure de pouvoir adapter le modèle en fonction des besoins spécifiques propres à chaque projet. Cela suppose donc d’avoir certaines capacités en modélisation financière. Cette première tâche est la plus importante car le modèle est la base de la plupart des négociations et échanges entre le sponsor et les entreprises externes : appels d’offres, mise en place de financement ou encore vente de parts du projet à d’autres investisseurs.      

Optimisation financière 

Dans la continuité du point précédent, l’analyste project finance devra optimiser les modèles financiers des projets sur lesquels il travaille. En effet, en fonction du contexte, le but est d’optimiser autant que possible les hypothèses du projet afin de rendre le projet le plus compétitif possible. A titre d’exemple, lorsqu’une entreprise lance un appel d’offres pour, par exemple, acheter de l’électricité via un contrat d’achat, le but de l’analyste project finance sera d’optimiser au maximum son modèle pour proposer un prix de vente d’électricité le plus faible possible tout en respectant les critères d’investissement propres à son entreprise (prix de vente pour le sponsor du projet = prix d’achat pour l’entreprise qui lance l’appel d’offres).  Plus le prix d’achat est faible et plus les chances de l’entreprise de remporter l’appel d’offres sont grandes car, d’un point de vue économique, l’objectif de l’entreprise émettrice de l’appel d’offres est d’acheter l’électricité au prix le plus faible possible.

Réalisation de sensitivités 

L’analyste project finance sera responsable de son modèle et devra donc réaliser de nombreuses sensitivités (c’est-à-dire modifier les hypothèses principales pour observer la variation des résultats) en fonction de certaines demandes ou de certains contextes). La réalisation de ces sensitivités permettra de tester la robustesse de la valorisation d’un projet. A titre d’exemple, il peut être demander à l’analyse d’augmenter la valeur des CAPEX de 5% pour tester si le projet est encore viable malgré cette augmentation. Autres exemples de sensitivités : coûts de construction -10%, revenus +/- 10%, coûts opérationnels +/- 10%, etc…

Participation à la rédaction de teasers et de mémorandums d’investissement 

Dans différents contextes, l’analyste project finance participera à la rédaction des documents commerciaux (comme par exemple les teasers et les mémorandums d’investissement). En effet, l’analyste project finance connait tous les chiffres du projet qu’il a en charge et devra donc être capable d’alimenter ces documents lorsqu’il s’agira d’obtenir l’approbation du top management et / ou de la maison mère pour réaliser un investissement.

Où travailler en project finance ?

Le project finance est exercé, principalement, dans trois grandes catégories d’entreprises : les banques, les cabinets de conseil et les entreprises qui développent et / ou construisent des projets.

Les banques 

Le project en finance en banque se résume à prêter de l’argent aux entreprises qui développent et construisent des projets afin de les accompagner (financièrement parlant) dans ces différentes étapes. Il ne faut tout de même pas oublier que le but de la banque est, avant tout, de récupérer l’argent qu’elle prête et de réaliser une plus-value financière. En effet, la banque ne prête pas son argent gratuitement. Aussi, la banque devra s’assurer que l’investissement en question respecte ses indicateurs financiers internes et que les risques du projet sont maitrisés et limités.

Exemples de banques : Goldman Sachs, Santander, Bank of America, JP Morgan, BNP Paribas, etc… 

Les cabinets de conseil 

L’activité des cabinets de conseil en project finance est à mi-chemin entre la banque et l’entreprise porteuse de projet. Et pour cause, les cabinets de conseil sont régulièrement mandatés par ces deux types acteurs pour apporter une expertise technique lorsque le besoin se fait ressentir. Les cabinets de conseil ont la particularité d’être spécialisés en modélisation financière aussi bien dans la construction du business plan sur Excel que sur la sélection des différentes hypothèses financières. En effet, les cabinets de conseil réalisent de manière régulière des analyses très poussées qui leur permettent d’avoir des connaissances pointues, nécessaires pour déterminer avec précision telle ou telle hypothèse.

Exemples de cabinets de conseil : Deloitte, PWC, KPMG, EY, Grant Thornton, etc…

Les entreprises sponsors 

Au sein d’une entreprise sponsor, le project finance est différent du projet finance en banque car ici, l’entreprise développe son projet de A à Z. Par conséquent, l’entreprise doit être capable de déterminer les hypothèses de son projet et de construire un business plan solide et robuste. C’est grâce à ce modèle financier que le sponsor pourra défendre la valorisation de son projet lorsqu’il s’agira de lever des fonds, de participer à différents appels d’offres ou encore de négocier des contrats.

Exemples de sponsors : Masdar, Shell, EDP, Vinci, Bouygues, etc…  

Quel profil pour travailler en tant qu’analyste project finance ?

Le project finance est une voie élitiste et exigeante et qui ne s’adresse donc pas à tous les profils. Nous dressons ci-dessous le profil type du candidat parfait pour intégrer un service project finance. Ce profil type a pour unique de but d’aiguiller nos lecteurs et n’est pas une généralité qui s’applique à toutes les entreprises :

  • Le candidat aura suivi un cursus en finance d’entreprise au sein d’une école de commerce, d’une école d’ingénieur ou d’une université de premier plan.
  • Le candidat aura déjà réalisé un ou plusieurs stages en project finance ou métier similaire.
  • Les bases fondamentales de la modélisation financière et du business plan sont maitrisées.
  • L’anglais est indispensable et la maitrise d’une seconde langue est un plus.
  • Des connaissances sur le secteur d’activités de l’entreprise seront un plus indéniable.

Les rémunérations en project finance

Nous clôturons cet article sur le project finance en abordant un sujet qui intéressera le plus grand nombre : la rémunération. Dans ce dernier chapitre, nous présentons des fourchettes estimatives sur la rémunération d’un analyste project finance en banque, en cabinet de conseil et dans une entreprise sponsor. Notez que les salaires ci-dessous sont des salaires parisiens et qui concernent les profils récemment diplômés.

  • En banque : l’analyste project finance en banque pourra espérer un fixe annuel entre 40 000€ et 45 000€ brut. Le bonus annuel est généralement compris entre 5% et 20% du salaire annuel brut, en fonction des banques.
  • En cabinet de conseil : l’analyste project finance en cabinet de conseil pourra également espérer un salaire annuel brut compris entre 40 000€ et 45 000€. Ici, le bonus sera certainement plus faible avec une moyenne à 10% du salaire brut annuel.  
  • En corporate : enfin, la rémunération de l’analyste project finance en corporate sera légèrement plus faible avec un fixe annuel brut oscillant entre 38 000€ et 42 000€. Le bonus sera certainement capé à 10% du salaire annuel.

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Cnews.fr, le leader français de l'actualité en continue nous cite dans son article sur la réussite d'une carrière financière.

LegaVox.fr, le site juridique de référence en France nous cite dans son article sur les juristes corporate en M&A.

CréationEntreprise.fr, le site de référence sur l'entrepreneuriat nous cite dans son article sur la maîtrise des concepts financiers.

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